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. L’insulinothérapie fonctionnelle, modèle d’éducation thérapeutique

Article à paraître en décembre 2012 dans le bulletin trimestriel de l’Institut de Prévention de la Santé (IPS) de Strasbourg

05/12/2012

Auteur : Dr François MOREAU *

Pour le sujet diabétique de type 1, l’objectif d’une insulinothérapie optimisée est de reproduire au mieux la sécrétion physiologique de l’insuline. L’apprentissage classique de cette insulinothérapie se base sur une adaptation rétrospective des doses. La détermination des doses repose alors sur les glycémies des jours précédents. Pour les doses d’insuline administrées aux repas, cela suppose un plan alimentaire fixe, c’est-à-dire la même quantité et la même répartition des glucides d’un jour à l’autre. Cette quantité de glucides, tout comme la glycémie au moment de l’injection sont des facteurs déterminants de la dose d’insuline au repas. Dans ce contexte, l’insulinothérapie fonctionnelle donne les moyens à la personne diabétique de type 1 de comprendre quels sont ses besoins en insuline et d’adapter en direct les doses d’insuline à son mode de vie, à son alimentation, à son activité.

L’insulinothérapie fonctionnelle est en ce sens un modèle d’éducation thérapeutique. S’agissant d’une véritable boîte à outils, elle permet à la personne de comprendre comment fonctionne son traitement, de le personnaliser et ainsi de mieux se l’approprier et de mieux le piloter au quotidien. C’est un apprentissage actif qui vise à ajuster aussi précisément et aussi souvent que possible l’insulinothérapie aux besoins physiologiques.

L’insulinothérapie fonctionnelle s’adresse principalement aux patients diabétiques de type 1, sous insulinothérapie basale-bolus, administrée par multi-injections ou pompe à insuline.

L’apprentissage de l’insulinothérapie fonctionnelle comporte tout d’abord un travail sur l’insuline de base, insuline « pour vivre », qui doit être administrée quotidiennement pour assurer les besoins vitaux nécessaires aux grandes fonctions de l’organisme. Cette insuline pour vivre correspond à la dose d’insuline lente ou aux débits de base de la pompe. Ces besoins vont être analysés et souvent revus, au cours d’une épreuve de jeûne de 24h avec mesure rapprochée des glycémies capillaires et correction, si besoin, des hypoglycémies par 15 g de glucides ou des hyperglycémies par 1 unité d’insuline au-delà de 1,30 g/l. La dose d’insuline correctrice qui pourra ramener la glycémie au plus près de l’objectif peut être ainsi parallèlement déterminée.

Ensuite, la personne diabétique de type 1 apprend à déterminer la dose d’insuline « pour manger » proportionnellement à la quantité de glucides pris au repas. Cela nécessite d’apprendre à évaluer les glucides dans l’alimentation et à décider des besoins en insuline rapide correspondants. La dose d’insuline est calculée individuellement par portion de glucides et pour chacun des 3 repas de la journée, les besoins pour une même quantité de glucides n’étant pas forcément les mêmes entre petit déjeuner, déjeuner et dîner.
Enfin, la pratique de l’insulinothérapie fonctionnelle donne les moyens de corriger le plus précisément possible toute hyperglycémie en utilisant la sensibilité à l’insuline, déterminée au cours de l’épreuve de jeûne. Toute glycémie capillaire élevée, mesurée au moment ou à distance des repas, peut ainsi être corrigée. Lorsqu’il s’agit d’une hyperglycémie constatée avant un repas, cette dose correctrice vient s’ajouter à la dose d’insuline adaptée à la quantité de glucides du repas.
Les calculs de la dose d’insuline de correction et de la dose d’insuline pour manger peuvent ainsi être réalisés par des assistants bolus. Véritable système d’aide à la décision, ils permettent le calcul respectif de ces doses à partir de la glycémie transmise et de la quantité de glucides renseignée par le sujet.

L’apprentissage de l’insulinothérapie fonctionnelle est possible auprès d’équipe soignante pluridisciplinaire associant médecins, diététiciennes et infirmières au sein de services de diabétologie.

Le suivi, le retour des impressions et les données publiées sur la pratique de l’insulinothérapie fonctionnelle montrent des résultats sur l’équilibre glycémique : amélioration de l’HbA1c, diminution de la fréquence des hypoglycémies et des hypoglycémies sévères, quasi disparition des épisodes d’acido-cétose sans déséquilibre alimentaire et sans prise de poids, tant que le principe est bien appliqué.

Permettant une liberté alimentaire tout en respectant l’équilibre alimentaire, mettant en avant la nécessité d’un resucrage mieux adapté lors des hypoglycémies et la possibilité à tout moment d’une correction précise des hyperglycémies, l’insulinothérapie fonctionnelle se traduit par une amélioration de la qualité de vie pour la personne diabétique, à travers un véritable partenariat et un échange constructif avec les équipes soignantes.

Ainsi l’insulinothérapie permet de vivre le diabète autrement.
Voulant réunir pour informer et promouvoir l’insulinothérapie fonctionnelle, l’association InsuLib est ainsi née en Alsace en 2009 de la rencontre entre des personnes diabétiques et une équipe soignante autour de l’insulinothérapie fonctionnelle. Les membres de l’association sont des professionnels de santé tels que des diabétologues, des infirmières, des diététiciennes... et des personnes formées à l’insulinothérapie fonctionnelle et la pratiquant au quotidien.
Les objectifs d’InsuLib sont de :

  • développer le dialogue et les échanges entre les personnes diabétiques formées à l’insulinothérapie fonctionnelle et les professionnels de santé
  • promouvoir l’information sur cette approche thérapeutique.
  • valoriser et diffuser sa pratique pour atteindre un meilleur état de santé.
  • aider la personne à devenir un acteur pour prétendre à une meilleure qualité de vie.
  • intégrer l’entourage dans cette démarche pour en faire un véritable partenaire.

* Docteur François MOREAU
MCU-PH
Service d’Endocrinologie, Diabète et Maladies Métaboliques
Clinique Médicale B
Hôpitaux Universitaires de Strasbourg